1998 Canaries 7

Jeudi 07 mai, nous sommes en route pour Fuencaliente. A Brena Alta, où Françoise veut faire ses courses, arrêt qui nous permet de photographier un bel arbre, Brachichyton populneus. C’est une espèce exotique, aux fleurs en clochettes rappelant celles du muguet, cultivée comme ornementale. Bientôt nous reprenons la route qui domine la mer, et outre le Pericallis abondant, nous notons bien des espèces étrangères, méditerranéennes ou subtropicales. Mais voici qu’au sud de Monte Luna, change le paysage car l’éruption volcanique de 1949 a laissé des traces. Tout n’est que laves, scories noires où rien ne pousse à part, plutôt chétif, Rumex lunaria et peu abondant, Echium brevirame. Ailleurs, de gros blocs noirs n’abritent que quelques succulentes. En bord de route toutefois, abonde Aeonium spathulatum et parmi des branches mortes croît Tolpis laciniata ainsi que Gonospermum canariense. A peine plus loin s’humanise le paysage. Les cultures réapparaissent (vignes surtout). Parmi elles voici le carduncillo, Ceropegia hians, endémique de la Palma. Puis voici en plaques légères et ondulantes, le Phagnalon umbelliforme, plante rare, puis Bystropogon origanifolius à forte odeur de menthe ainsi que Reichardia ligulata. Dans les rochers bordant la route, se nichent deux fougères du genre Notholaena : vellea et maranthae qui actuellement se nomment Cosentina vellea pour l’une et Paragymnopteris maranthae pour l’autre. Toutes deux se trouvent en France mais la première y est extrêmement rare. Un peu plus loin, près d’une aire de pique-nique, croissent d’autres fougères celles-ci exubérantes, bien plus grandes et étrangères à notre pays : il s’agit de Davallia canariensis. Près d’elle des orchidées fructifiées, aux feuilles assez larges, portent le nom d’Haberlea tridactylites. Le repas terminé nous repartons et nous trouvons bientôt dans une zone d’activité volcanique récente, la dernière éruption datant de l’automne 1971. D’ailleurs s’échappent encore des jets de vapeur du cratère du volcan Teneguia, cratère récent du San Antonio. Pour l’atteindre, ce que nous désirons, il nous faut rouler sur la «  tôle ondulée », occasionnant aux voitures de continuels et réguliers soubresauts. Nous traversons alors un paysage désolé où tout est d’une noirceur extrême. Depuis 1971 pratiquement rien n’a poussé à part quelques Rumex lunaria et de très rares Echium brevirame. Soudain à un détour de la piste, nous contemplons, étonnés et admiratifs, de petits vignobles, méticuleusement entretenus. Quel travail pour épierrer ces terres, dresser les petits murets, planter, entretenir ces jeunes ceps dont les branches bizarrement, rampent sur le sol. Et ce sont ces vignes si durement cultivées qui sont à l’origine de la si rare et si capiteuse malvoisie ! Puis notre parcours se poursuit dans ce sombre paysage minéral… Et là sur une roche noire où pratiquement rien ne pousse, se prélasse un lézard noir lui aussi Galliota galloti palmae, le « lagardo tison » des insulaires. Puis en suivant au hasard pistes et routes, nous voici sur une voie qui, tout droit, nous mène jusqu’à la mer ; là les pentes sont le domaine d’Astidamia latifolia que nous connaissons de Tenerife. A la Punta de Fuencaliente nous voici arrivés. A nos pieds poussent quelques rares plantes dont la subsp capitata de Frankenia laevis. A l’est en contrebas, s’alignent de blancs marais salants contrastant avec le noir de leur environnement. Plus loin après avoir retrouvé la route tout à l’heure délaissée, nous traversons une coulée de lave finissant dans l’océan. Là tout en bas, quelques éoliennes blanches elles aussi, ont été installées. Et encore après maints parcours sur pistes et routes nous rejoignons enfin Fuencaliente, l’agglomération la plus méridionale de l’île. Au retour à Brena alta, nous partons à la recherche des dragonniers nommés « Dragos gemelos ». Nous y voilà. Au pied de l’un d’eux, un jeune Semele androgyne a poussé. C’est la vision de ces deux arbres que nous garderons en nous, jusqu’à l’arrivée à Santa Cruz sous la pluie.

Gérard devant un Brachychiton populneum

Brachychiton populneum à Brena Alta

Montes de Luna

Aeonium spathulatum vers Montes de Luna

Tolpis laciniata vers Montes de Luna

Gonospermum canariense

Ceropegia hians

Aeonium palmense : rosette

Phagnalon umbelliforme

Bystropogon origanifolius au Teneguia

Cosentina vellea

Paragymnopteris marantae

Davallia canariensis

le groupe sur “la tôle ondulée”

Rumex lunaria au Volcan Teneguia

Echium brevirame

Vignes du volcan Teneguia

Astydamia latifolia vers Punta Fuencaliente

Vers Punta Fuencaliente

La mer à Fuencaliente

Eoliennes de Fuencaliente

Les 2 dragos gemelos de Brena Alta

Vendredi 08 mai, comme au premier jour, nous voici en direction du nord sur la N830. Mais cette fois, arrêt devant un bar afin de photographier deux arbustes ornementaux taillés en forme de parasol. Puis à l’embranchement de la route de Los Tilos où nous devons aller, nous retrouvons nos amis. Tous en route, mais à 1 ou 2 km plus loin, déjà un arrêt pour le plaisir de voir et de contempler à nouveau Canarina canariensis, ici bizarrement en plein soleil dans un endroit dégagé. Et par chance, près d’elle, une inconnue de nous tous, Aichryson punctatum, accompagnée de deux fougères croissant de concert : Asplenium reniforme, plus belle que celle de Tenerife et Adianthum capillus-veneris. Un peu plus loin la peste des Bermudes, Oxalis pes-caprae, sous sa forme pleno, ne manque pas de nous surprendre. Et puis, observé de très près, voici cultivé en tant que plante comestible, le taro (nom polynésien), Calocasia esculenta. S’étirant sur le sol comme au Portugal où nous le vîmes aussi, le tradescantia l’accompagne. A onze heures trente nous quittons le parking de Los Tilos et grimpons par un étroit sentier ombragé de la laurisylve à laquelle d’ailleurs l’agglomération citée doit son nom. Ce terme de tilos ne doit jamais être traduit par tilleul, espèce inexistante aux Canaries, comme il est fait communément par guides et livres sur la Macaronésie. Til en effet est le nom vernaculaire d’Ocotea foetens, une des essences principales de la laurisylve. Et cette forêt où nous cheminons, nommée Los Tilos, vient d’être placée sous la protection de l’UNESCO. Quoi qu’il en soit, après cette digression, revenons à notre balade au cours de laquelle nous énumérons, au fur et à mesure, les espèces rencontrées dont voici la liste : Adianthum reniforme, Bencaumia caudata, Carex canariensis, Crambe gigantea, Cryptotaenia elegans, Descurainia millefolia, Dryopteris oligodonta, Euphorbia mellifera, Hypericum grandiflorum, Myosotis latifolia, Semele androgyne. Il convient toutefois de signaler que les plantes déjà vues ou photographiées ont été supprimées de la liste et que la plupart des nouvelles n’ont pas été photographiées, faute de temps. Près d’une maison partiellement délabrée nous faisons demi-tour et tout en descendant, nous admirons deux champignons, une pézize et probablement un entolome. Nous ramassons aussi deux ou trois fruits d’un noir brillant, semblables à des olives provenant, on le suppose, du til. A la descente, comme Gérard casse et mange des noix, il est suivi de très près du joli pinson Fringilla palmae, récupérant les débris des fruits secs. Lors du casse-croûte, des pinsons encore viennent tout près de nous, picorer de la mie de pain émiettée tout exprès par Maryse. En principe, la collation terminée devait marquer la fin du programme car il avait été question d’embarquer à 14 heures. Or nous avons appris que le départ devait avoir lieu à 2 heures du matin, pratiquement un jour de plus que prévu. Qu’allons-nous faire ? C’est alors que Gérard nous informe de ses desiderata que nous approuvons tous. Délaissant donc le site de Los Tilos, nous regagnons la route du nord, empruntée le premier jour. Comme le soleil brille dans le ciel bleu aujourd’hui, tout paraît différent. Arrivés à la Maison forestière, nous ne reconnaissons rien : une haute futaie de pins semble s’étendre à l’infini et dans le jardin entourant la demeure du garde, nous admirons le bel Echium pininana aux fleurs bleues, ce qui le distingue du rouge taginaste du Teide. A l’état sauvage, rarissime, on pourrait le trouver près du barranco de Los Tilos ainsi qu’à Cubo de la Galga et dans les montagnes de Barlovento. Outre cette vipérine, nous admirons et photographions un magnifique lotier, Lotus eremiticus, un peu semblable à celui du mirador de Valle Gran Rey à la Gomera, mais lui endémique de la Palma où il se trouve uniquement sur des rochers de la côte nord, à 300 m d’altitude. Toutes les autres plantes cultivées dans le jardin sont aussi probablement des endémiques de l’île. A peine à 3 km de là, nous revoici devant le panneau indiquant Fuente de la Zarza (source du buisson). Là, trois d’entre nous vont visiter le site en délaissant la visite du musée et en choisissant le parcours le plus court pour atteindre les grottes où les Guanches ont gravé des signes spiralés, peut-être écriture non encore déchiffrée ? Nous traversons alors des bois où à la bruyère arborescente se mêle le laurier des Açores. Comme la botanique ne perd pas ses droits, nous allons jusqu’à effectuer un sommaire relevé où se trouvent trois espèces nouvelles : Rumex maderensis, Salvia canariensis et Vicia tingitana. La visite terminée et les amis rejoints, nous gagnons Garafia où nous avons le plaisir de voir de beaux dragonniers, les uns en pleine nature, les autres près d’une ferme paraissant abandonnée. A la sortie de Garafia nous photographions sa curieuse et blanche église à deux nefs. La route rouge retrouvée, nous filons sur Hoya Grande où s’embranche la voie sinueuse pour Los Muchachos. Sur ses bords abonde Pericallis papyraceus. Puis nous traversons la forêt de pins moins mystérieuse sous le soleil qui brusquement se voile. Pas plus que mardi, nous aurons la vue sur la caldera. Le retour s’effectue dans le brouillard qui à peine se dissipe vers les 500 à 600 m. Entrés à Santa-Cruz, où en bordure du barranco de Las Nieves, nous avons la surprise d’y voir grandeur nature la reproduction en béton de la Santa Maria, la caravelle de Christophe Colomb. Puis nous gagnons bien vite le restaurant. Le repas terminé nous ne pouvons qu’aller au port et attendre 2 heures pour embarquer et nous affaler sur les canapés du salon puisque la compagnie ne loue pas de cabine pour une traversée de six heures.

Arbustes taillés de Los Sauces

Aichryson punctatum Petite route Los Silos

Asplenium reniforme Pte route Los Silos

Taro : petite route de Los Silos

Laurisylve de Los Tilos

Laurisylve de Los Tilos

Crambe gigantea à Los Tilos

Euphorbia mellifera à Los Tilos

Hypericum grandifolium à Los Tilos

Echium pininana de la Maison forestière

Lotus eremiticus

Inscriptions guanche de la Zarza

Inscriptions guanches de la Zarza

Panneau sur la flore à la Zarza

Dracaena drago vers Garafia

Dracaena drago vers Garafia

Eglise de Garafia

(suite : herborisations dans les Alpes)