1998 Canaries 5

Les îles Canaries (suite)

Gomera

Suite aux modifications du programme, souhaitées par Gérard, nous n’avons pas dans le compte rendu de ce voyage botanique aux Canaries, relaté les « explorations » par ordre chronologique. Nous avons trouvé qu’il était plus rationnel de ne pas scinder l’exposé du séjour à Tenerife. C’est pourquoi nous revenons en arrière, c’est à dire du 12 mai au 2 du même mois. Par conséquent,

Samedi 2 mai, après avoir quitté à 8 heures du matin le port de Los Christianos, nous débarquons à 10 h 15 à San Sebastian de la Gomera. La Gomera est une petite île située à l’ouest de Tenerife et cinq fois plus petite que cette dernière. Depuis la découverte de l’archipel, c’est la seule île où aucune activité volcanique n’ a été décelée. Elle culmine, malgré cela, à 1450 m au Garajonay situé au centre de l’île. Trente-huit profonds « barrancos » rayonnent, en gros, du centre de cette île presque circulaire. Dès notre débarquement, nous allons retenir des chambres à la pension Calamino. Il est près de midi lorsque nous quittons San Sebastien. Bientôt arrêt herborisation dans un attractif environnement de palmiers et de pins des Canaries. Mais l’herborisation y est plutôt décevante : espèces cosmopolites dont beaucoup se trouvent chez nous, Nicotiana glauca naturalisée et deux canariennes déjà vues à Tenerife : Rumex lunaria et Echium aculeatum… Nous ne nous éternisons pas et reprenons le parcours dans un paysage de plus en plus beau. Quant au fond des ravins, de palmiers il est recouvert. A l’entrée d’Hermigua, arrêt pique nique sur des bancs donnant sur une palmeraie ainsi que sur des terres parfaitement cultivées. Après nous être restaurés, nous ne tardons guère à examiner la végétation alentour. Sur les murs, voici une liane ornementale, Cardiospermum grandiflorum. Puis en voitures demi-tour pour rejoindre le départ de la piste pour les Casas del Palmar. Peu après le croisement, arrêt pour de magnifiques fleurs d’un orange vif qui s’avèrent être des Sida falax, elles naturalisées. Bientôt nous roulons sur une piste malaisée qui nous contraindra à rebrousser chemin. Arrêt sur la route retrouvée pour admirer le beau paysage ainsi que de magnifiques Cassias dorés voisinant avec deux euphorbes : Euphorbia broussonetii et Euphorbia balsamifera, le « tabaiba dulce » au lait doux, aperçues aussi toutes deux à Tenerife. De l’autre côté de la route, deux jolies crassulacées pas encore fleuries. Comme nous venons de le dire, de là, la vue est admirable : blancs villages dominés de hauteurs aux roches noires. A l’assaut des pentes, des terrasses cultivées comme chez nous autrefois et ailleurs, de partout des palmiers dans l’île éponyme ! Puis arrêt à Tamagarda, un des villages canariens les plus typiques. Puis quittant la voie principale, nous suivons sur 4 km, plein nord, la route qui mène au port de Vallehermoso. Ses bords sont riches d’espèces indigènes : nombreux Kleinia en pleine floraison, Euphorbia aphylla d’une abondance sans pareille, lavande des Canaries. Dans une palmeraie, des Canariens s’affairent. L’un d’eux, agile comme un singe, grimpe à la cime de l’arbre et y coupe des palmes. Plus loin, une falaise se dore sous l’opulente floraison d’Aychrison sp. Nous venons de prendre la route d’Alojera qui, en lacets, serpente vers l’ouest. Là change le paysage : bruyère et arbustes de la laurisylve prennent le relais. Alors, un peu plus loin arrêt pour photographier Adenocarpus foliolosus et Viburnum tinus subsp rigidus. Voici aussi dans les parages, Picconia excelsa et Phyllis nobla. Au retour d’Alojera bien vite visité, nous admirons de splendides millepertuis des Canaries, de 3 à 4 m de haut, entièrement recouverts d’une chape d’or ainsi que l’endémique gomérienne, Sonchus ortunei. Enfin pour en terminer avec la partie botanique de ce jour, voici quelques autres plantes relevées : Bystropogon canariensis, absente seulement de Lanzarote et de Fuerteventura, Ilex canariense, artemisia canariensis = thuscula, Aeonium subplanum et Sonchus regis-jubae, toutes deux endémiques gomériennes. Le retour s’effectuant par la même route que celle empruntée à l’aller, nous avons décidé de prendre le repas du soir à las Rosas où nous pourrons assister à une démonstration de silbo. Le silbo est un langage sifflé d’origine préhistorique comportant plusieurs centaines de mots. Ayant une portée d’environ 5 km, il permettait de communiquer d’un « barranco » à l’autre. Bien entendu l’ère du téléphone a sonné le glas de cet original langage. Et malheureusement, croyant le restaurant fermé, nous allons dans un autre où nous ne bénéficions pas de l’attraction. Nous dînons cependant dans un établissement installé dans une sorte de jardin intérieur se prolongeant au-dehors où abondent des plantes de toutes sortes. Le restaurant, de plus, accueillant une noce, nous avons le plaisir de déguster une excellente et typique cuisine.

Barranco

Près de San-Sebastian

Vers Hermigua : vue sur la vallée

Plage : la Caleta de Hermigua

Hermigua et Roques San Pedro

Vallée de Hermigua

Cardiospermum grandiflorum

Sida fallax naturalisé

Cassia sp

Aeoniums

Euphorbia aphylla vers la plage d’Agulo

Palmiers vers la plage d’Agulo

Phyllis nobla

Alojera

Aeonium subplanum

Aeonium subplanum

Dimanche 3 mai est essentiellement consacré à la visite du Parc National de Garajonay, haut lieu touristique et botanique de Gomera. Donc nous empruntons encore la route principale puis tournons bientôt deux fois à gauche. Voici un belvédère d’où la vue porte, paraît-il, sur deux versants. Mais nous n’y grimpons pas : là, à 1000 m , le brouillard et un vent glacial, conséquences des alizés, nous font grelotter. Il est vrai que sans eux, pas de laurisylve ni les belles espèces qui en dépendent. Vite dans les voitures d’où nous apercevons Senecio appendiculatus et steetzii. A 3,5 km au-delà, au croisement del Cedro, voici Echium plantagineum, vipérine méditerranéenne. On relève encore Erysimum bicolor, Andryala pinnatifida et des vipérines déjà vues, Myosotis latifolia, commun dans la laurisylve des cinq îles occidentales et de nouveau Aeonium subplanum. Dans les parages, une dizaine d’espèces déjà citées ! Une petite route que nous venons de prendre, traversant la laurisylve, est pure merveille. Arrêt par conséquent et petit tour dans la forêt où nous nous extasions devant les immenses frondes de Woodwardia radicans. L’accompagnant, voici Luzula canariensis, endémique de Gomera et de Tenerife. Et puis, voici encore Scrophularia smithii subsp langeana. Au mirador bentijo apparaît Aichryson parlatorei vu déjà sur le chemin de Cuevas Negras à Tenerife. Geranium canariense, Senecio steetzii et Carlina salicifolia l’accompagnent. Mais voici un Aeonium jamais vu, Aeonium holochrysum… Myrica faya et Ilex canariensis parmi lesquels s’immiscent Gesnouinia arborea et Hypericum canariensis, formant le fond de la laurisylve. Rebroussant chemin, nous repassons devant le début d’une piste où des panneaux indiquent une aire de pique-nique. Tentés nous la prenons et ne le regrettons pas. Nulle part, depuis notre arrivée à Gomera, nous n’avons vu des arbres aussi hauts ni des sous-bois tapissés d’immenses fougères de 2 m de long et d’au moins une quarantaine de centimètres de large et qui ne sont pas des Woodwardia ; Il s’agit en effet ici d’Athyrium umbrosum. Soudain nous apparaît une immense clairière bien aménagée à l’abri de la bruine. Des bancs où nous nous installons, nous pouvons toucher de magnifiques Aeoniums que nous ne connaissons pas encore, Aeonium arboreum, probablement rapportés de la Grande Canarie et plantés là comme ornementales. Le repas terminé, chacun va et vient au gré de sa fantaisie. C’est ainsi que Maryse et moi, par hasard, descendant un chemin aboutissant à de blancs bâtiments inachevés, apercevons Adenocarpus foliolosus, vu souvent et Teline stenopetala, fabacée pouvant atteindre 6 m, endémique de la Gomera, de Tenerife et de la Palma. En ce lieu où se rejoignent zone sylvatique sauvage et terres depuis peu remuées, s’affrontent des plantes de deux biotopes différents. Nous les connaissons et passons… Le soleil revenu nous permet de photographier, en lisière, quelques plantes typiques de la laurisylve ainsi que le troisième rhamnus canarien que nous ne connaissons pas encore, Rhamnus glandulosa. A 14 h 30 nous revenons à l’embranchement de la piste et allons à Laguna Grande, cratère transformé en lac en hiver et réaménagé en aire de loisirs dès son assèchement. Puis quittant ce site nous parvenons à la zone des bruyères arborescentes puis à celle des cistes de Montpellier. Du mirador de la Cumbre de Tajaque, on a vue sur le beau « barranco » de Benchijigua au sud, et au nord sur la laurisylve. Aux alentours du mirador, fleurit en belles plaques dorées, l’Aeonium spathulatum, vu aussi à Tenerife. Un peu plus bas, ce sont des touffes de renoncules de Cortuse que nous apercevons ainsi que Viola anagae. Maintenant Gérard propose d’aller au Centre des Visiteurs de Juego de Bolas, au nord des limites du Parc . D’accord ! Alors, par une route tortueuse, arrêts, d’abord au mirador de Vallehermoso, puis à un autre, duquel on voit la forêt couvrant à l’infini les monts enchevêtrés. Au Centre des Visiteurs nous voici arrivés. Nous pénétrons dans un bâtiment où se trouvent un petit musée et une boutique. Après quoi, nous entrons dans une cour intérieure où prospèrent de nombreux aeoniums. A 16 h 30, l’heure de fermeture a sonné mais non pas celle du jardin où nous pouvons voir, cultivées, des plantes indigènes de Gomera, plutôt rares. Dans ce jardin, un panneau nous instruit sur l’endémisme. Et c’est ainsi que nous apprenons que l’Allemagne possède 5 plantes endémiques, la France une centaine et la minuscule Gomera, 43. A 17 h 30, nous quittons le jardin botanique, remontons en limite du parc et filons bien vite sur Arure au sud-ouest, où nous retrouvons les palmiers. Nous nous engageons ensuite dans Valle Gran Rey. D’un mirador, c’est un véritable enchantement. Au pied d’un autre mirador, sont cultivées des plantes exotiques et indigènes parmi lesquelles Lotus berthelotii. Dès Alajero, le paysage devient désertique. Puis tout au sud, nous apparaît le nouvel aéroport et au sommet d’une falaise dominant la mer, l’hôtel-jardin Tecina où nous avons retenu pour cette nuit, de crainte d’avoir à subir à la pension Calamino le même vacarme que la nuit passée.

Senecio appendiculatus

Senecio steetzii

Erysimum bicolor

Sous-bois

Woodwardia radicans

Aichryson parlarorei

Geranium canariense

Carlina salicifolia

Aeonium holochrysum

Gesnouinia arborea

Laurisylve à Athyrium umbrosum

Aeonium arboreum

Aeonium arboreum

Teline stenopetala

Rhamnus glandulosa

Viola anagae

Arbutus canariensis

Bupleurum salicifolium

Valle Gran Rey

Valle Gran Rey

Près de Valle Gran Rey

Lotus berthelotii

Hôtel-jardin Tecina

Lundi 4 mai, à 8 heures du matin Maryse et moi parcourons le beau parc de l’hôtel Tecina aux nombreuses essences exotiques, étiquetées comme dans les jardins botaniques. Entre autres, voici Pandanus utilis, connu de nous depuis La Orotava, Russellia equisetiformis, scrophulariacée mexicaine, Hibiscus rosa sinensis et bien d’autres. A 9 heures nous quittons l’hôtel-jardin et par Alajero, nous rejoignons Chipude. La région traversée est originale : partout de basses murettes de pierre sombre délimitant les restes de domaines à classiques maisons désormais délaissées. Près d’une propriété abandonnée arrêt, afin d’admirer les plantes l’entourant de toutes parts, entre autres Echium aculeatum, Euphorbia berthelotii, Gonospermum fruticosum, Argyranthemum callichrysum. Reprenant la route, nous continuons jusqu’à La Dama. Là, alors que nous étions en train de photographier une fleur de bananier, un vieux couple vient à nous pour nous proposer la visite de leur maison et de leur verger. Dans ce dernier prospèrent manguiers, plaqueminiers, goyaviers, papayers dont on nous offre quelques fruits de chacun d’entre eux. Après remerciements et adieux nous reprenons la route en direction du nord jusqu’à un chemin où se succèdent des randonneurs revenant de l’ascension de la montagne voisine dénommée La Fortaleza. Décision prise : nous allons par ici pique-niquer et puis après quoi, nous tenterons nous aussi l’ascension tout en herborisant. Nous voici donc à l’œuvre… Un peu plus haut que la base de la falaise, découverte de l’apiacée Pimpinella junoniae et de Sideritis lotzii, toutes deux endémiques gomériennes, de Polycarpa filifolia et carnea et d’Echium strictum. Dans les anfractuosités de la roche, nous dénichons Cheilanthes guanchica fougère héliophile d’origine macaronésienne. A côté de ces plantes, prospèrent de nombreuses espèces canariennes que nous revoyons avec plaisir. Et en outre, aux plantes inféodées au pays, s’ajoutent des taxons méditerranéens et ubiquistes dont bien sûr nous ne parlons pas. Vers 16 heures nous redémarrons après notre ascension rapide de la Fortaleza, ancien refuge des Guanches lors de la conquête espagnole. De là nous revenons directement sans repasser par Chipude. Dans les parages de la Roque de Agando, nous avons le plaisir de découvrir en lisière des bois, la fine luzule, Luzula elegans. De nouveau nous traversons le brezal, ces vastes étendues de bruyères arborescentes, jusqu’à ce que brusquement change le paysage où ce ne sont plus qu’étendues d’herbes rases, buissons de vipérines, parfois ombragés de quelques rares palmiers. Et soudain, au détour d’un virage, splendeur de la mer dominée de toutes parts de roches noires déchiquetées en avant desquelles s’élève une montagne dont la cime est surmontée d’un curieux rocher, ce qui lui a valu le nom de « Sombrero », le chapeau. Peu de temps après, arrivée à San Sebastian d’où nos chauffeurs ont la gentillesse de nous emmener à La Laja par la très étroite petite route longeant le barranco de La Villa et où nous découvrons Aeonium castello-paivae et Aeonium decorum tapissant les rochers. Au-delà de la Laja, par une piste, nous parvenons à des plantations de pins des Canaries effectuées sur les pentes du barranco. Le sol y est stérile, mais sur les rochers pousse une minuscule crassulacée, Monanthes amydros. Retour et en fin de journée, attente sur le port de San Sebastian, du bateau pour La Palma qui à 10 heures lèvera l’ancre.

Hôtel-jardin Tecina

Russelia equisetiformis de l’hôtel Tecina

Hibiscus rosa-sinensis

Bergerie abandonnée vers la Dama

Gérard devant une autre bergerie

Euphorbia berthelotii

Gonospermum fruticosum

Crique de la Dama

Régime de bananes à la Dama

Fruit ouvert de papaye

La Fortaleza

Gérard à la Fortaleza

Pimpinella junoniae

Sideritis lotzii

Polycarpaea filifolia

Echium strictum

Lobularia intermedia

El Sombrero

Piste du Barranco de la Villa

Piste du Barranco de la Villa

Aenium decorum – Piste de la Laja

Pinus canariensis

(suite)